La solitude est le passeport de tous les regards; elle n'emprunte rien des rythme communs. Elle est spectatrice des mondes ephemeres. Il fut un temps amphibien ou
elle rempait a terre. J'ai abandonne tout vehicule pour n'etre plus que moi-meme. Je n'ai ni les rayonnements du soleil, ni les faces cachees de la lune. Je ne reflete aucun souhait, aucun reve, je
vis le present comme un souhait et comme un reve. J'essaie de ne pas importuner le monde de mes regards. Je regarde a la volee, les mains, les jambes, les profils de la meme maniere que les
plantes, l'eau et la ville. Je regarde l'humain du geste qui l'habille. Mes yeux se transforment parfois en mains, en narines, alors, tout le regard sense du monde s'intronise. Je n'ai pas
l'intelligence de l'ombre, mais j'ai en moi, le rythme de la poesie. Parvenir au rythme intelligible ou s'evapore l'envie, ou les mains posees l'une sur l'autre eveillent beaucoup plus qu'un
souvenir.
Le temps n'appartient plus au monde dans lequel je vis; il se resorbe en lui-meme pour s'indefinir. Pourrai-je dire d'une epaule qu'elle est aussi belle que la beaute d'un chant survenu.
Comprendrez-vous l'ombre et la lumiere posee et decalee appartenent a toute forme? C'est au regard de ces beautees que s'eveillent les arts et la plastique du chant de la terre. Je peux etre ce
point, cette ligne, ce plan: cet interstice d'ou chaque musique est a entendre, cette corde a l'interieur de laquelle je vibre et je vis.
Le jardin sentait le parfum, non celui des plantes, mais des cosmétiques. Je ne pu sentir les roses et je gardai une forme agréable de légèreté. Le rideau des nuages s’abaissait sur la
ville ; quant à moi, je retournai marcher dans les champs de l’espoir. Mes incertitudes, je les garderai et ne livrerai que des apparitions. Le cœur penché sur les rives, j’observai le ciel
et d’ici, je recouvrai la vue de l’aigle. Je survolai les plaines terrestres pour regarder de l’autre côté du pont. Du croissant de cette vieille lune au cercle de ce vieux soleil, je m’éloignai,
afin que le surplus ne tarisse cette résurgente passion. Il est un sang nouveau qui cicatrise d’anciennes plaies. L’amour est ce parfum qui appartient à d’autres sphères :
il appartient au vol habité.
Je quittais l’image pour vivre. Vivre cet amour qui s’observe en la nuit : la beauté. Compagne passagère, volutes d’une gestuelle à mi-chemin. Voyage à travers un désir qui se présente,
informel, toujours sujet au dénigrement.
Je rendrai donc à la beauté sa lettre de noblesse : fantasmes intuitifs de l’imagination. Je broderai en esprit les plus belles villes, la plus belle ligne des êtres. Que les silhouettes
deviennent corps de vie ! Que les plus grands scénographes reconstruisent les artères de nos rues, que les poètes joignent à l’irréel l’étreinte ! Que nos musiciens sortent dans les
faubourgs et que chaque personne s’improvisent créateurs d’une danse inconnue !
Je regardai entre deux vieux bâtiments la cime des arbres. Le vent rafraîchit l’air encore humide de la nuit. La terre du jardin disposait ça et là les couleurs cendrées de la pluie. L’automne
avançait à petits pas. Ici, on parlait de la cueillette des champignons, l’on disait aussi : ramasser. On amène à soi le butin de girolles, de morilles dans l’arrière pays du lieu dit :
le Pic Saint Loup. Un loup saint qui ne mange plus les hommes, car aujourd’hui l’on sait d’une part, qu’il n’y a plus de loups, et d’autres part que Pierre n’aurait pas à mentir puisque les loups
n’attaquent pas les hommes… En fait, les loups s’attaquent aux petites chèvres et pis c’est tout ! Il nous faudra donc d’autres contes et légendes pour que l’homme puisse s’effrayer encore.
Personnellement, je préfère les histoires drôles lorsqu’elles ne sont pas trop longues ni trop intelligentes. De là, elles offrent à tous un moment d’équité. Je pourrai parler de ton sourire et
de tes éclats de rires qui me transportaient dans un soleil intérieur ; le fil du temps nous accompagna souvent et encore. Aujourd’hui, il me reste ces rêves intimes entre la fin de nuit et
le petit jour. Cette distance que nous avons toujours partagée et que je vis actuellement. C’est étrange comme le « noûs » se lie à la poésie. Une forme immatérielle associée aux
fluides, aux transfigurations sémantiques. C’est encore, la relation d’absence où l’on pourrait croire qu’une séparation des corps distend les âmes, mais il n’en est rien, seuls les êtres chers y
habitent, seul le temps pour certain étiole. Je pourrai rimer avec Eole le vent qui souffle sur les cœurs. Se sont ces pensées mobiles pareilles aux nuages qui se forment et se déforment sur une
profondeur imperceptible.
Je rallumai ce mégot éteint. Le geste me plu j’y trouvais encore une certaine
beauté.
La mer, je la connais. Dans les lueurs terrestres, elle s'anime des souffles originels. Je
vais à la rivière retrouver mes souvenirs perdus ; ce sont sur les routes que s’échappent les pensées diffusent. Aux alentours des constructions historiques, se déploie l’âge d’une majesté
perdue. L’empreinte des Maîtres fait danser l’inanimé au fil des airs musicaux. À la harpe des êtres, converge la substance, transformer matière. Crypte des confluences, entre ciel et terre
toujours l’homme marche
.
Je décidai d’écrire un roman autobiographique fait du dessin de l’écriture sur pages blanches. Le dessin d’une vie faite de vagabondages et d’errances. Une
forme pour d’autres, écrire un « je », qui se détermine dans les structures de l’indéfini. Une vie nomade dans le panoramique duquel, habitus et concepts sont à redéfinir. Il ne s’agit
pas d’une quête de l’absolu mais d’une recherche à vivre telle que se présente la réalité. Une forme de vie en court de développement, ou l’élaboration est déplacement, modification et modelage
du corps de la pensée. Une loi naturelle de transition, du social au culturel et inversement. Un univers de singularités au détriment d’une masse cimentée.
Un livre qui recouvrirait l’ancienne tradition. La loi de la découverte.
Lorsque nous sommes plongés dans l’existence d’un moi qui n’est plus fonctionnel et que
l’homme ne répond plus à l’utilité d’une production, c’est tout un pan de notre culture qui s’effondre. On dit alors qu’il vaque à des occupations.
Des voyages qui ne ponctuent pas un itinéraire par des buts, mais des déplacements qui
s’imposent par la force des choses. Il s’agit de résignations, d’abandon d’êtres chers comme les présents qu’une vie vous offre et vous reprend à sa guise. Il est concrètement des possibilités de
puissance inhérente aux êtres mais dans la force éthique et les concepts des mondes, il en est une bien au-delà de l’être : la vie. Sans tomber dans la personnification de celle-ci, ou dans
des abstractions lyriques, je ne la nommerai pas. Sans nom, elle reste autre : parcelles, fragmentation. Une vie « altérité » où cet autre ne peut être la résultante de la finitude
temporelle de notre pensée. Il est question de l’indéterminé et pourtant familier partage inconscient. Inconscient des raisons, familier par essence.
Quel bonheur de tourner les pages et de n’y revenir que part sursauts. À la table de cette autre et millième terrasses, l’odeur d’un parfum me transporte et m’entoure ; les gens se déplacent
lentement chargés de sacs. La file d’attente devant la boulangerie n’est plus étirée mais réduite. Il m’est étonnant de reprendre un souffle dans les images mouvements du monde. La plupart du
temps, je suis en filigrane l’espace infinitésimal de ces pages blanches. Un monsieur de rouge, casque, tee-shirt, scooter s’avance dans la rue en pente qui rejoint le boulevard. Aujourd’hui, je
n’ai pas envie de peindre des miroirs. Ce matin, je déconstruirai les angles des architectures trop cubiques. Nomade, je jouerai du déplacement pour désorienter le point fixe du spectacle. Je
donnerai rires aux murs vieillis, rendrai légères les pierres bâties de l’Etat, devrai-je pour cela rejoindre le bleu étoile.
Ek-sistence : sériel du déplacement, bribes pulsives d’un aérodynamisme sur siège mobile, j’emprunte les réseaux internes de la pensée.
La file d’attente a repris de sa continuité, une distance porte les patients jusqu’à la rive du trottoir. Boulangerie Pâtisserie d’une vie idéale. Les couleurs de l’été se sont posées sur les
visages. Les rues fourmillent de présences passagères et les terrasses des restaurants sont bondées à onze heures du soir. Je me retire dans les vagabondages diurnes de la mémoire ; c’était hier
déjà. Un bonjour placide me ramène à la réalité nocturne de l’indifférence. Les cordes de ma sensibilité viennent d’être heurtées par un météorite. Cela me mène aux travers de l’inconstance, ou
de l’inconnaissance des gens-nuages porteurs d’ombres. Je ne saurai renvoyer ici la couleur du contrôle de leurs colères offensives. Je construirai ce pont où la beauté noire parvient jusqu’à
l’image surréelle et toute symbolique de la grâce. Je peindrai à la porte des amertumes les lèvres roses du contentement.
(Un autre matin)
Au secours, à moi. Sauvez-moi ! Je regardais une fois encore cet homme au sourire de masque. Sa peau blanche et ses cheveux bruns poivre et sel, me firent croire en la présence de Dracula au
sortir d’un conte. Je relevai la tête de mon sac-cachette et retenais les maux des comptoirs terrestres voulant saillir. La bouche empâtée des sels d’une soirée qui eût été radieuse s’il ne me
fallait au réveil plancher sur de nouveaux exercices. Aux croisements des forfaits stomacaux, un homme apparu dans mon champ de vision. On eût dit un artiste performeur qui aurait troqué son
identité contre celle d’un autre. Chaussures, pantalon, chemise blanche rayée de bleu. Il tirait derrière lui un diable chargé de différentes pièces d’un ordinateur familiale à reconstituer. Tout
y était rangé en ordre en parfait cadre technicien qu’il représentait. Cet homme était-il artiste ? Ou était-il une image véhicule ? Il pouvait être comédien et relever dans cette pièce du
stéréotype vendeur d’intertextualité. Je sorti rapidement « as rolling stone » de cette mousse, et me proposa subitement un mot de liaison, un mot qui devînt la forme légitimée d’un mot survie.
Je pu dès lors écouter le ciel et parfaire les étoiles rives du sommeil profond. Je me servis de mes nageoires pour survivre aux maîtres de la raison. Je vis s’enraciner au loin toutes les
espèces motorisées de démangeaisons mentales. La petite surprise fût de ne pas tomber dans les filets de l’auto-contemplation que certains confondent avec méditation. Qu’importe les vagabondages
!
(un autre matin)
Au son de mes headphones, les rues colorées défilaient, fenêtre ouverte sur le monde. J’étais devenu un habitué de cette terrasse et pensai que nous pourrions faire une fête et célébrer cela.
Voici donc l’aspect développé et réactualisé du culte de Dionysos. Construire de nouvelles célébrations. Célébrons donc l’ensemble de nos vies aux sons articulés de cette musique.
À l’intérieure de ces matins animés des plus fraîches perceptions, le rythme d’une basse poétique transporte vers l’ailleurs musical des histoires à construire. Des mythes contemporains faits de
voyageurs et d’artistes qui prirent un jour l’embarcation des désirs pulsionnels. Amarrés à la portée, les instruments nous ont offert leurs soutiens pour un Cap Vert. De là, il nous est aisé de
redéfinir l’ensemble des possibles.
Architectures éphémères de la pensée, nos structures sans murs laissent publique nos enseignements privés. Dans la brèche de ces manifestations performatives nous sommes les troubadours
orateurs de rêves. Comprenez qu’en nous, aucuns rêves ne sommeillent puisqu’ils sont actualisés. L’enivrement des sens occulté, il nous reste l’établi d’un assemblage ouvert aux formations de la
pensée. Voici venus les voyages intempestifs d’une prosodie irritante où les mots se lient et se délient au sens. Un retour à ces petites morts qui font de la dernière cette grande. Les phrases
débarquent de vos ports. Les plus étrangers mystères reviennent au temps en ami partenaire. Les vagabonds s’amusent de la disette intellectuelle. Artistes, nous sommes fabricateurs de formes que
vous ne rencontrez peut-être que six pieds sous terre, mais il n’est pas dans nos origines de vous gardez d’un quelconque secret. La rime alchimique de fusion temporaire vous ravira les plus noires
matières. Cette écriture confronte la substantialité de toute mécanique de la réflexion: votre conscience pourra ramer mais votre pensée en sera motorisée. La gymnastique cérébrale mettra à
distance les barrières que la conscience a des lieux communs érigée. Sous les chapelles de ce nouveau théâtre, un puzzle de poésie est à reconstruire.
Les affinités passagères de nos intuitions ne pénètrent plus les beaux jours du
réel ; il semble que le rêve formé ne fût que la substance d’une matière non pétrie. Oh désir ! Forces incompatibles de souhaits perdus sur les flots et qui pourtant sont
moteurs de vie. Je pleure ces flammes qui brûleront les maux rongeurs. Oh désarroi ! De perdre au-delà d’êtres chers le sourire bercé du monde. Qui pourra transmettre
cette force accomplie d’une construction sage par l’imagination ? Voudrons-nous corriger l’angle de nos tires afin de pouvoir exister sans meurtrir ? Les prières n’ont plus la force
érectile de relever un corps qui s’alourdit. La philosophie ne peut reconstruire les pieds ailés de Mercure lorsque l’imagination s’immobilise. Poursuivre l’inspiration de la vie dans ces
moindres recoins, le moindre sujet nous permettant de vivre. Nous pouvons pleurer la mort des gens disparus mais nos souvenirs subsisteront intemporellement. Comment vivre et atteindre la
puissance d’une paix in-existentielle soit dite sereine ? Comment ne pas nier les possibles contenus de l’indéfini ? Voyager au-delà de ses propres limites, c’est comprendre quelles
souffrances retiennent l’ensemble des êtres. Qu’il soit question d’ennui, de tristesse ou d’injustice la source de vie reste éphémère. Comprends-tu que la vie est liée à la vie et que chante la
mort au refrain des nouveaux départs. Ne t’effraies pas de l’inconsistance ou de la consistance des choses, mais concentres-toi sur un présent à redéfinir. Il n’y a aucune solution au paraître.
Il n’y a aucune vérité. L’unique chose qu’il nous revienne c’est d’être. Que ces mots puissent t’insuffler l’amour d’une naissance libre.
La nuit s’était passée à dormir. Au réveil, la fraîcheur me
caressa. J’avais creusé un puits. Le samedi 9 août 2008 j’en avais plein les bottes des poissons dans la marre. Une voiture en stationnement me fît voyager en plein délire, musique tremblante
d’Afrique. Enfin cette matinée se jouait près de moi ; je perdais la musique des pianos viscéraux. La note était claire : pas de complaisance ! À la seconde, je m’imaginais être ce
photographe qui aurait pris la clef du monde. Encore une matinée me dis-je, une de plus dans les odeurs des rues, à l’intérieur de ma fragilité. Mes peurs apparurent subitement et ceci sans
aucune violence. Je les regardais se mettre en ordre contre les murs. Unes à unes elles disposaient leur masque au sol. Dans le flou de cette pensée, j’eus une fois de plus
cette sensation qu’alors tout s’éclairait, qu’enfin je pouvais de nouveau marcher. Mais ceci ne fût que de courte durée. Je ne pouvais approfondir l’exercice et dus m’en tenir au fait que les
peurs ne sont finalement qu’une fabrication de la mémoire projetée. Toujours est-il, mes peurs semblaient s’être pour le moins présentées. Elles se montraient dès à présent
plus familières, moins pugnaces. Elles m’offraient de s’effiler et je me rendis soudainement compte que ma vie n’avait été qu’une suite de réactions face à des peurs. Une somme de peurs m’avait
construit tel que j’étais. Ces petites frayeurs qui vous tiennent aux pieds. J’étais devenu le teint de ce miroir. Je pris une douche, après cette journée de paresse et de chaleur. J’avais
apprécié de pouvoir être seul, sans avoir le regard d’un autre posé sur mes mouvements ou mes inerties. Je pris place tant bien que mal sur la courte surface que me proposait ce petit balcon. Je
fis une prière et brulai de l’encens. Je fumai cette dernière cigarette de la journée avec le souhait imaginaire que ce fût la dernière. Je m’allongeai et m’endormi.
Je me réveillai comme à mon habitude entre cinq et sept heures du matin. Je fis
mes cent pompes et la première des formes du Wing Chun : l’éternel printemps. Cela ressemblait fort aux disciplines militaires du Moyens-Âges mais cela me procurai une méditation plus
physique qu’imaginaire. Je rangeai mes affaires et quittai cet appartement que mon ami avait eût la gentillesse de me prêter pour le week-end.
Je marchai en direction de cette place de la Canourgue située au centre de
Montpellier. Au matin, les clients n’étaient pas très nombreux. Je bu mon café et en même temps, je me réveillai. Je commençai ma journée par quelques dessins. Le taux d’humidité dans l’air nous
faisait parvenir l’odeur iodée des entrées maritimes. La dame anglaise, dont je venais de peindre l’image, prie comme par enchantement place à la terrasse. Elle s’assit en murmurant des phrases
qui donnaient à sa conversation téléphonique une forme discrète appréciable. Elle fumait une cigarette longue et fine comme ses doigts. Je la trouvai élégante et pareille à d’autres femmes, elle
était parée d’accessoires qui reflétaient sa personnalité. Je pensai qu’elle avait dû mettre des années à projeter cet être pour aujourd’hui l’incarner en toute vraisemblance. J’aimai me
confondre à ces moments d’intimités partagés ; toute personne dès l’instant qu’elle est entourée d’autres regards dévoile une partie de sa présence qui échappe le plus souvent à sa
conscience. Elle dévoile à l’œil du photographe ses habitudes, ses automatismes. Je pourrai parler d’une élégance appropriée, lorsque cette dernière est naturelle, lorsque les couches du mensonge
ne sont encore que superficielles. Cela m’apparu sous la forme d’un bien-être qu’il n’est pas dérangeant d’exprimer. La gestuelle, l’attitude, les sonorités de la voix, habitent les
sentiments.
Le vent commença à souffler les feuilles à peine séchées des platanes. La
lumière n’était pas celle des jours précédents. Il s’annonçait une journée, toute intérieure, plus rigoureuse que celle offerte lors des fortes chaleurs. Je recommandai un café dans l’intention
de prolonger ce partage de ma présence avec celle des autres. Qu’il me reste étrange de regarder ces vies inconnues à quelques tables de là ! Il est étonnant de voir et d’entendre à quels
degrés la beauté extérieure peut dévoiler d’x subterfuges, ou comment par exemple, une personne élégante peut modeler sa voix et dire haut et fort mensonge et prétention à la fois.
Un visage peut s’alléger ou s’alourdir en fonction de ce qui le traverse. Tous
ces instants se firent le miroir d’êtres en vie, d’êtres animés par des sentiments fugitifs. Je remarquai que mes regards se portaient essentiellement vers le sexe opposé, comme dirait Nietzsche,
ils étaient ma nourriture, mes acquisitions, mes intuitions interprétatives. J’ajoutai à cela, bien évidemment, toutes formes de jugements mais dans les interstices de ces regards, de purs
moments de contemplation m’en ravissaient la lourdeur. Je projetais effectivement sur chaque figure le bonheur qui me parcourait d’être spectateur du temps. Un temps agissant par les flux d’une
pensée en connexion avec les sens. Je me rendis compte que certaines personnes aimaient à être regardés tel que je le faisais : un œil en l’air, l’autre relié à l’encre de ce papier.
Il était 9 :10, je me préparai à quitter cette terrasse pour rejoindre un
autre ami qui avait la gentillesse de m’héberger. Je rangeai soigneusement mes affaires dans mon sac à dos, me leva, et alla payer mon dû.