Texte Libre

Derniers Commentaires

Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 13:19


La nuit s’était passée à dormir. Au réveil,  la fraîcheur me caressa. J’avais creusé un puits. Le samedi 9 août 2008 j’en avais plein les bottes des poissons dans la marre. Une voiture en stationnement me fît voyager en plein délire, musique tremblante d’Afrique. Enfin cette matinée se jouait près de moi ; je perdais la musique des pianos viscéraux. La note était claire : pas de complaisance ! À la seconde, je m’imaginais être ce photographe qui aurait pris la clef du monde. Encore une matinée me dis-je, une de plus dans les odeurs des rues, à l’intérieur de ma fragilité. Mes peurs apparurent subitement et ceci sans aucune violence. Je les regardais se mettre en ordre contre les murs. Unes à unes elles disposaient leur masque au sol.  Dans le flou de cette pensée, j’eus une fois de plus cette sensation qu’alors tout s’éclairait, qu’enfin je pouvais de nouveau marcher. Mais ceci ne fût que de courte durée. Je ne pouvais approfondir l’exercice et dus m’en tenir au fait que les peurs ne sont finalement qu’une fabrication de la mémoire projetée. Toujours est-il, mes peurs semblaient s’être pour le moins  présentées. Elles se montraient dès à présent plus familières, moins pugnaces. Elles m’offraient de s’effiler et je me rendis soudainement compte que ma vie n’avait été qu’une suite de réactions face à des peurs. Une somme de peurs m’avait construit tel que j’étais. Ces petites frayeurs qui vous tiennent aux pieds. J’étais devenu le teint de ce miroir. Je pris une douche, après cette journée de paresse et de chaleur. J’avais apprécié de pouvoir être seul, sans avoir le regard d’un autre posé sur mes mouvements ou mes inerties. Je pris place tant bien que mal sur la courte surface que me proposait ce petit balcon. Je fis une prière et brulai de l’encens. Je fumai cette dernière cigarette de la journée avec le souhait imaginaire que ce fût la dernière. Je m’allongeai et m’endormi.

Je me réveillai comme à mon habitude entre cinq et sept heures du matin. Je fis mes cent pompes et la première des formes du Wing Chun : l’éternel printemps. Cela ressemblait fort aux disciplines militaires du Moyens-Âges mais cela me procurai une méditation plus physique qu’imaginaire. Je rangeai mes affaires et quittai cet appartement que mon ami avait eût la gentillesse de me prêter pour le week-end.

Je marchai en direction de cette place de la Canourgue située au centre de Montpellier. Au matin, les clients n’étaient pas très nombreux. Je bu mon café et en même temps, je me réveillai. Je commençai ma journée par quelques dessins. Le taux d’humidité dans l’air nous faisait parvenir l’odeur iodée des entrées maritimes. La dame anglaise, dont je venais de peindre l’image, prie comme par enchantement place à la terrasse. Elle s’assit en murmurant des phrases qui donnaient à sa conversation téléphonique une forme discrète appréciable. Elle fumait une cigarette longue et fine comme ses doigts. Je la trouvai élégante et pareille à d’autres femmes, elle était parée d’accessoires qui reflétaient sa personnalité. Je pensai qu’elle avait dû mettre des années à projeter cet être pour aujourd’hui l’incarner en toute vraisemblance. J’aimai me confondre à ces moments d’intimités partagés ; toute personne dès l’instant qu’elle est entourée d’autres regards dévoile une partie de sa présence qui échappe le plus souvent à sa conscience. Elle dévoile à l’œil du photographe ses habitudes, ses automatismes. Je pourrai parler d’une élégance appropriée, lorsque cette dernière est naturelle, lorsque les couches du mensonge ne sont encore que superficielles. Cela m’apparu sous la forme d’un bien-être qu’il n’est pas dérangeant d’exprimer. La gestuelle, l’attitude, les sonorités de la voix, habitent les sentiments.

Le vent commença à souffler les feuilles à peine séchées des platanes. La lumière n’était pas celle des jours précédents. Il s’annonçait une journée, toute intérieure, plus rigoureuse que celle offerte lors des fortes chaleurs. Je recommandai un café dans l’intention de prolonger ce partage de ma présence avec celle des autres. Qu’il me reste étrange de regarder ces vies inconnues à quelques tables de là ! Il est étonnant de voir et d’entendre à quels degrés la beauté extérieure peut dévoiler d’x subterfuges, ou comment par exemple, une personne élégante peut modeler sa voix et dire haut et fort mensonge et prétention à la fois.

Un visage peut s’alléger ou s’alourdir en fonction de ce qui le traverse. Tous ces instants se firent le miroir d’êtres en vie, d’êtres animés par des sentiments fugitifs. Je remarquai que mes regards se portaient essentiellement vers le sexe opposé, comme dirait Nietzsche, ils étaient ma nourriture, mes acquisitions, mes intuitions interprétatives. J’ajoutai à cela, bien évidemment, toutes formes de jugements mais dans les interstices de ces regards, de purs moments de contemplation m’en ravissaient la lourdeur. Je projetais effectivement sur chaque figure le bonheur qui me parcourait d’être spectateur du temps. Un temps agissant par les flux d’une pensée en connexion avec les sens. Je me rendis compte que certaines personnes aimaient à être regardés tel que je le faisais : un œil en l’air, l’autre relié à l’encre de ce papier.

Il était 9 :10, je me préparai à quitter cette terrasse pour rejoindre un autre ami qui avait la gentillesse de m’héberger. Je rangeai soigneusement mes affaires dans mon sac à dos, me leva, et alla payer mon dû.


Par Fabien Montmartin - Publié dans : journal des villes - Communauté : Art contemporain
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus