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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /Août /2008 12:43

Quel bonheur de tourner les pages et de n’y revenir que part sursauts. À la table de cette autre et millième terrasses, l’odeur d’un parfum me transporte et m’entoure ; les gens se déplacent lentement chargés de sacs. La file d’attente devant la boulangerie n’est plus étirée mais réduite. Il m’est étonnant de reprendre un souffle dans les images mouvements du monde. La plupart du temps, je suis en filigrane l’espace infinitésimal de ces pages blanches. Un monsieur de rouge, casque, tee-shirt, scooter s’avance dans la rue en pente qui rejoint le boulevard. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de peindre des miroirs. Ce matin, je déconstruirai les angles des architectures trop cubiques. Nomade, je jouerai du déplacement pour désorienter le point fixe du spectacle. Je donnerai rires aux murs vieillis, rendrai légères les pierres bâties de l’Etat, devrai-je pour cela rejoindre le bleu étoile.

Ek-sistence : sériel du déplacement, bribes pulsives d’un aérodynamisme sur siège mobile, j’emprunte les réseaux internes de la pensée.

La file d’attente a repris de sa continuité, une distance porte les patients jusqu’à la rive du trottoir. Boulangerie Pâtisserie d’une vie idéale. Les couleurs de l’été se sont posées sur les visages. Les rues fourmillent de présences passagères et les terrasses des restaurants sont bondées à onze heures du soir. Je me retire dans les vagabondages diurnes de la mémoire ; c’était hier déjà. Un bonjour placide me ramène à la réalité nocturne de l’indifférence. Les cordes de ma sensibilité viennent d’être heurtées par un météorite. Cela me mène aux travers de l’inconstance, ou de l’inconnaissance des gens-nuages porteurs d’ombres. Je ne saurai renvoyer ici la couleur du contrôle de leurs colères offensives. Je construirai ce pont où la beauté noire parvient jusqu’à l’image surréelle et toute symbolique de la grâce. Je peindrai à la porte des amertumes les lèvres roses du contentement.

(Un autre matin)

Au secours, à moi. Sauvez-moi ! Je regardais une fois encore cet homme au sourire de masque. Sa peau blanche et ses cheveux bruns poivre et sel, me firent croire en la présence de Dracula au sortir d’un conte. Je relevai la tête de mon sac-cachette et retenais les maux des comptoirs terrestres voulant saillir. La bouche empâtée des sels d’une soirée qui eût été radieuse s’il ne me fallait au réveil plancher sur de nouveaux exercices. Aux croisements des forfaits stomacaux, un homme apparu dans mon champ de vision. On eût dit un artiste performeur qui aurait troqué son identité contre celle d’un autre. Chaussures, pantalon, chemise blanche rayée de bleu. Il tirait derrière lui un diable chargé de différentes pièces d’un ordinateur familiale à reconstituer. Tout y était rangé en ordre en parfait cadre technicien qu’il représentait. Cet homme était-il artiste ? Ou était-il une image véhicule ? Il pouvait être comédien et relever dans cette pièce du stéréotype vendeur d’intertextualité. Je sorti rapidement « as rolling stone » de cette mousse, et me proposa subitement un mot de liaison, un mot qui devînt la forme légitimée d’un mot survie. Je pu dès lors écouter le ciel et parfaire les étoiles rives du sommeil profond. Je me servis de mes nageoires pour survivre aux maîtres de la raison. Je vis s’enraciner au loin toutes les espèces motorisées de démangeaisons mentales. La petite surprise fût de ne pas tomber dans les filets de l’auto-contemplation que certains confondent avec méditation. Qu’importe les vagabondages !

(un autre matin)

Au son de mes headphones, les rues colorées défilaient, fenêtre ouverte sur le monde. J’étais devenu un habitué de cette terrasse et pensai que nous pourrions faire une fête et célébrer cela. Voici donc l’aspect développé et réactualisé du culte de Dionysos. Construire de nouvelles célébrations. Célébrons donc l’ensemble de nos vies aux sons articulés de cette musique.
À l’intérieure de ces matins animés des plus fraîches perceptions, le rythme d’une basse poétique transporte vers l’ailleurs musical des histoires à construire. Des mythes contemporains faits de voyageurs et d’artistes qui prirent un jour l’embarcation des désirs pulsionnels. Amarrés à la portée, les instruments nous ont offert leurs soutiens pour un Cap Vert. De là, il nous est aisé de redéfinir l’ensemble des possibles.

Architectures éphémères de la pensée, nos structures sans murs laissent publique nos enseignements privés. Dans la brèche de ces manifestations performatives nous sommes les troubadours orateurs de rêves. Comprenez qu’en nous, aucuns rêves ne sommeillent puisqu’ils sont actualisés. L’enivrement des sens occulté, il nous reste l’établi d’un assemblage ouvert aux formations de la pensée. Voici venus les voyages intempestifs d’une prosodie irritante où les mots se lient et se délient au sens. Un retour à ces petites morts qui font de la dernière cette grande. Les phrases débarquent de vos ports. Les plus étrangers mystères reviennent au temps en ami partenaire. Les vagabonds s’amusent de la disette intellectuelle. Artistes, nous sommes fabricateurs de formes que vous ne rencontrez peut-être que six pieds sous terre, mais il n’est pas dans nos origines de vous gardez d’un quelconque secret. La rime alchimique de fusion temporaire vous ravira les plus noires matières. Cette écriture confronte la substantialité de toute mécanique de la réflexion: votre conscience pourra ramer mais votre pensée en sera motorisée. La gymnastique cérébrale mettra à distance les barrières que la conscience a des lieux communs érigée. Sous les chapelles de ce nouveau théâtre, un puzzle de poésie est à reconstruire.

Du temporel au temporaire.
Par Fabien Montmartin - Publié dans : journal des villes - Communauté : Art contemporain
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